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日志


7月31日

LA LUNE

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Bien des gens en ce monde ont une humeur bizarre
Et dont on cherche en vain la cause et le secret
Sans qu'on sache pourquoi leur esprit guilleret
En un instant hargneux, coléreux se déclare.
 

L'un défend une chose et puis il la permet
L'autre, Anglais le matin, le soir se fait Tartare
L'un à l'esprit posé devient brouillon, distrait,
L'autre, grand orateur, est muet à la barre !
 

L'un change d'habitude aussitôt déjeuner
Et l'autre pour le faire attend après dîner.
Avare celui-ci prodigue sa fortune.
 

L'un progressiste à fond, tourne aux conservateurs.
D'où viennent les reflux et flux de ces humeurs ?
Comme ceux de la Mer n'est-ce pas de la lune ?
 

Paroles : Jules VERNE  - ( Les Insolites de Jules Verne )
 
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J'ai découvert ce livret de poèmes " Les Insolites de Jules Verne ", accompagné d'un disque aux Editions du Petit Véhicule à Nantes, ville dont Jules Verne était originaire. Les poèmes ont été mis en musique et chanté par Serge Kerval.
Hier soir, un moment de pur bonheur...

 

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7月30日

CHANT NAVAJO

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 Tableau de Rick Mc Collum   " Beneath the cottonwoods"
 
 
 
Je vous offre aujourd'hui un chant Navajo, pour faire oublier à certains de mes amis et amies, la tristesse qui se dégage du beau poème d'Emile NELLIGAN que j'ai choisi hier....Bon, c'est vrai qu''hier, peut-être que ce poème me ressemblait ?

Personnes 99555

 
 Mon cheval et sa crinière de petit arc-en-ciel.
Mon cheval et ses oreilles en épi de maïs.
Mon cheval et ses yeux comme des étoiles.
Mon cheval et sa tête d'eau mêlées.
Mon cheval et ses dents comme
de blancs coquillages.
Un long arc-en-ciel en bouche
en guise de bride et je le guide ainsi.
Quand mon cheval hennit, des chevaux
de toutes les couleurs surgissent.
Quand mon cheval hennit, des moutons
de toutes les couleurs accourent.
Je suis riche de lui,
la paix devant moi,
la paix derrière moi,
la paix sous moi,
la paix au-dessus de moi.
C'est une voix de paix quand il hennit.
Je suis éternel, je suis rempli de paix.
Mon cheval, c'est moi.

D'après " Horse Story ", chant Navajo.
 
 
Personnes 99559

7月29日

LE JARDIN D'ANTAN

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Rien n'est plus doux aussi que de s'en revenir
Comme après de longs ans d'absence,
Que de s'en revenir
Par le chemin du souvenir
Fleuri de lys d'innocence
Au jardin de l'Enfance.
 
Au jardin clos, scellé, dans le jardin muet
D'où s'enfuirent les gaîtés franches,
Notre jardin muet,
Et la danse du menuet
Qu'autrefois menaient sous branches
Nos soeurs en robes blanches.
 
Aux soirs d'Avrils anciens, jetant des cris joyeux
Entremêlés de ritournelles,
Avec des lieds joyeux,
Elles passaient, la gloire aux yeux,
Sous le frisson des tonnelles,
Comme en les villanelles.

 
Cependant que venaient, du fond de la villa,
Des accords de guitare ancienne,
De la vieille villa,
Et qui faisaient deviner là,
Près d'une obscure persienne,
Quelque musicienne.
 
Mais rien n'est plus amer que de penser aussi
A tant de choses ruinées !
Ah ! de penser aussi,
Lorsque nous revenons ainsi
Par sentes de fleurs fanées,
A nos jeunes années.
 
Lorsque nous nous sentons névrosés et vieillis,
Froissés, maltraités et sans armes,
Moroses et vieillis,
Et que, surnageant aux oublis,
S'éternise avec ses charmes
Notre jeunesse en larmes !

Emile NELLIGAN
( 1879 - 1941 )
 
 
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7月26日

J'AI TANT RËVE DE TOI

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J'ai tant rêvé de toi que tu perds la réalité.
Est-il encore temps d'atteindre ce corps vivant et de baiser sur cette bouche la naissance de la voix qui m'est chère ?
 
J'ai tant rêvé de toi que mes bras habitués en étreignant ton ombre à se croiser sur ma poitrine ne se plieraient pas au contour de ton corps, peut-être.
Et que, devant l'apparence réelle de ce qui me hante et me gouverne depuis des jours et des années, je deviendrais une ombre sans doute.
 
Ô balances sentimentales.
 
J'ai tant rêvé de toi qu'il n'est plus temps sans doute que je m'éveille. Je dors debout, le corps exposé à toutes les apparences de la vie et de l'amour et toi, la seule qui compte aujourd'hui pour moi, je pourrais moins toucher ton front et tes lèvres que les premières lèvres et le premier front venu.
 
J'ai tant rêvé de toi, tant marché, parlé, couché avec ton fantôme qu'il ne me reste plus peut-être, et pourtant, qu'à être fantôme parmi les fantômes et plus ombre cent fois que l'ombre qui se promène et se promènera allègrement sur le cadran solaire de ta vie.
 
                                                                                                   Robert DESNOS
                                                                                                    ( 1900- 1945 )
                                                                                   
                                                                                              Corps et biens  ( 1930 )
                                                                                             
                                                                                              ( Poésie / Gallimard )
 
    
 
 
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7月19日

PALAIS SOUS LA MER

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Puisque tu sus surprendre enfin mon cœur amer,
Je te découvrirai mon palais sous la mer !
Tu verras, comme on voit en des visions rares,
Les étranges corails, les éponges bizarres !
 
Je te découvrirai mes jardins, loin des vents,
Où chaque fleur respire, où les fruits sont vivants.
Puis tu verras les beaux poissons dont l’aile vole
Aussi légèrement que se dit la parole.
 
Tu verras le soir glauque et fuyant sous les eaux,
Et nous regarderons ainsi que des oiseaux
Passer la mouette ivre et des voiles sereines,
Et parfois chanteront, pour nous deux, les Sirènes !
 
                                                           Renée VIVIEN
                                                           ( 1877 - 1909 )
 
 
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7月13日

DANS MA MAISON

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Dans ma maison vous viendrez
D'ailleurs ce n'est pas ma maison
Je ne sais pas à qui elle est
Je suis entré comme ça un jour
Il n'y avait personne
Seulement des piments rouges accrochés au mur blanc
Je suis resté longtemps dans cette maison
Personne n'est venu
Mais tous les jours et tous les jours
Je vous ai attendue
 
 
Je ne faisais rien
C'est-à-dire rien de sérieux
Quelque fois le matin
Je poussais des cris d'animaux
Je gueulais comme un âne
De toute mes forces
Et cela me faisait plaisir
Et puis je jouais avec mes pieds
C'est très intelligent les pieds
Ils vous emmènent très loin
Quand vous voulez aller très loin
Et puis quand vous ne voulez pas sortir
Ils restent là ils vous tiennent compagnie
Et quand il y a de la musique ils dansent
On ne peut pas danser sans eux
Il faut être bête comme l'homme l'est souvent
Pour dire des choses aussi bêtes
Que bête comme ses pieds gai comme un pinson
Le pinson n'est pas gai
Il est seulement gai quand il est gai
Et triste quand il est triste ou ni gai ni triste
Est-ce qu'on sait ce que c'est un pinson
D'ailleurs il ne s'appelle pas réellement comme ça
C'est l'homme qui a appelé cet oiseau comme ça
Pinson pinson pinson pinson
 
 
 
Comme c'est curieux les noms
Martin Hugo Victor de son prénom
Bonaparte Napoléon de son prénom
Pourquoi comme ça et pas comme ça
Un troupeau de Bonapartes passe dans le désert
L'empereur s'appelle Dromadaire
Il a un cheval caisse et des tiroirs de course
Au loin galope un homme qui n'a que trois prénoms
Il s'appelle Tim-Tam-Tom et n'a pas de grand nom
Un peu plus loin encore il y a n'importe quoi
Et puis qu'est-ce que ça peut faire tout ça
 
 
 
Dans ma maison tu viendras
Je pense à autre chose mais je ne pense qu'à ça
Et quand tu seras entrée dans ma maison
Tu enlèveras tous tes vêtements
Et tu resteras immobile nue debout avec ta bouche rouge
Comme les piments rouges pendus sur le mur blanc
Et puis tu te coucheras et je me coucherais près de toi
Voilà
Dans ma maison qui n'est pas ma maison tu viendras.

Jacques PREVERT  ( 1900- 1977 )
 
 
 
Arlequin à la guitare - Picasso
Arlequin à la guitare - PICASSO 
 
 
 
   
 
 

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7月11日

ROSES DU SOIR

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Des roses sur la mer, des roses dans le soir,
Et toi qui viens de loin, les mains lourdes de roses !
J'aspire ta beauté. Le couchant fait pleuvoir
Ses fines cendres d'or et ses poussières roses...
Des roses sur la mer, des roses dans le soir.
Un songe évocateur tient mes paupières closes.
J'attends, ne sachant trop ce que j'attends en vain,
Devant la mer pareille aux boucliers d'airain,
Et te voici venue en m'apportant des roses...
Ô roses dans le ciel et le soir ! Ô mes roses !
.
Renée VIVIEN
( 1877 - 1909 )
 
 
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7月10日

L' " AMERIGO VESPUCCI " - ROUEN 1989 - " LES VOILES DE LA LIBERTE "

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L' AMERIGO VESPUCCI dans le port de ROUEN ( 1989 )
 
 
Voilà ce que c'est que de feuilleter d'anciens albums de photos, on revit de merveilleux souvenirs et cette journée à Rouen en 1989  en fait partie...
Très belle journée passée en famille, nous voulions prendre notre déjeuner sur ce majestueux Grand Voilier, trop de monde, obligés d'abandonner avec les petits-enfants?  et de nous retrouver dans une taverne bavaroise. Ce fut certainement plus détendu ! Très bon déjeuner, choucroute accompagnée de grandes chopes de bière ( pas les petits-enfants ! )...musique et chants ! Superbe journée, inoubliables souvenirs !
 
Le dimanche suivant, nous voulions rejoindre l'Armada qui traversait la Normandie pour se rendre à Honfleur...Impossible ! Bien qu'ayant quitté la région parisienne très tôt le matin, ...l'autauroute bouchée...nous ne sommes pas allés à Honfleur ! Nous avons abandonné en route et nous avons pique-niqué en forêt...
 
 
voiliers
 
 
 
 
 
Construit en 1930, l "Amerigo Vespucci " magnifique trois-mâts italien, de 101 m de long et 15 m de large est un des plus grands voiliers du monde.
|A son bord : 13 officiers, 238 marins et 160 cadets.
Il participa en 1989 au grand rassemblement de Rouen " Les Voiles de la Liberté "
où il fit l'admiration des visiteurs.
Véritable oeuvre d'art, ce grand voilier, impressionne par sa classe, la qualité de son accueil et l'élégance de ses marins.

Il participe à nouveau à l " Armada 2008 " dans le port de Rouen du 5 au 14 juillet.
 
 
 
AMERIGO VESPUCCI
 
 
" Larges voiles au vent, ainsi que des louanges,
La proue ardente et fière et les haubans vermeils,
Le haut navire apparaissait, comme un archange
Vibrant d'ailes qui marcherait, dans le soleil.
 
La neige et l'or étincelaient sur sa carène ;
Il étonnait le jour naissant, quand il glissait
Sur le calme de l'eau prismatique et sereine ;
Les mirages, suivant son vol, se déplaçaient. "
 
Emile VERHAEREN
( 1855 - 1916 )
 
 
L'AMERIGO VESPUCCI
 
 
7月7日

LA MER

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Des vastes mers tableau philosophique,
Tu plais au coeur de chagrins agité :
Quand de ton sein par les vents tourmenté,
Quand des écueils et des grèves antiques
Sortent des bruits, des voix mélancoliques,
L'âme attendrie en ses rêves se perd,
Et, s'égarant de penser en penser,
Comme les flots de murmure en murmure,
Elle se mêle à toute la nature :
Avec les vents, dans le fond des déserts,
Elle gémit le long des bois sauvages,
Sur l'Océan vole avec les orages,
Gronde en la foudre, et tonne dans les mers.
.
Mais quand le jour sur les vagues tremblantes
S'en va mourir ; quand, souriant encor,
Le vieux soleil glace de pourpre et d'or
Le vert changeant des mers étincelantes,
Dans des lointains fuyants et veloutés,
En enfonçant ma pensée et ma vue,
J'aime à créer des mondes enchantés
Baignés des eaux d'une mer inconnue.
L'ardent désir, des obstacles vainqueur,
Trouve, embellit des rives bocagères,
Des lieux de paix, des îles de bonheur,
Où, transporté par les douces chimères,
Je m'abandonne aux songes de mon coeur
.
François-René de CHATEAUBRIAND
( 1768 - 1848 ) 
 
 
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7月4日

CONNAISSEZ-VOUS MON ANDALOUSE

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Connaissez-vous mon Andalouse
Plus belle que les plus beaux jours,
Folle amante, plus folle épouse,
Dans ses amours, toute jalouse,
Toute lascive en ses amours !

Vrai dieu ! de ce que j'ai dans l'âme,
Eussé-je l'enfer sous mes pas,
Car un mot d'amour de ma dame
A seul allumé cette flamme,
Mon âme ne se plaindra pas !

C'est que ma belle amante est belle,
Lorsqu'elle se mire en mes yeux !
L'étoile ne luit pas tant qu'elle,
Et quand sa douce voix m'appelle,
Je crois qu'on m'appelle des Cieux !

C'est que sa taille souple et fine
Ondule en tendre mouvement,
Et parfois de si fière mine,
Que sa tête qui me fascine
Eblouit comme un diamant !

C'est que la belle créature
Déroule les flots ondoyants
D'une si noire chevelure
Qu'on la couvre, je vous jure,
De baisers tout impatients !

C'est que son oeil sous sa paupière
Lance un rayon voluptueux,
Qui fait bouillir en mon artère,
Tout ce que Vénus de Cythère
Dans son sein attise de feux !

C'est que sur ses lèvres de rose
Le sourire de nuit, de jour
Brille comme une fleur éclose
Et quand sur mon coeur il se pose,
Il le fait palpiter d'amour !

C'est que lorsqu'elle m'abandonne
Sa blanche main pour la baiser,
Que le ciel se déchaîne et tonne,
Que m'importe ,- Dieu me pardonne,
Il ne peut autant m'embraser !

C'est que sa bouche bien-aimée
Laisse tomber comme une fleur
Douce haleine parfumée,
Et que son haleine embaumée
Rendrait aux roses leur couleur !

C'est que sa profonde pensée
Vient se peindre en son beau regard,
Et que son âme est caressée,
Comme la douce fiancée
Quand l'amant vient le soir ien tard !

Allons l'amour, les chants, l'ivresse !
Il faut jouir de la beauté !
Amie ! oh que je te caresse !
Que je te rende, ô ma maîtresse,
Palpitante de volupté !

Oh ! viens ! viens toute frémissante,
Qu'importe qu'il faille mourir,
Si je te vois toute expirante
Sous mes baisers, ma belle amante,
Si nous mourons dans le plaisir !
 
 
 
  Jules VERNE  
( 1828 - 1905 )

 
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Jules VERNE

 

Jules VERNE, ( 1828 - 1905 ) Ecrivain français dont des millions de lecteurs ont aimé ses romans.

Jules VERNE a écrit quatre-vingts romans ou longues nouvelles, treize pièces de théâtre et baucoup moins connus des poèmes.
En 1839, il a onze ans quand amoureux de sa cousine Caroline, il décide de partir pour les Indes pour lui ramener un collier de corail. Il achète l'engagement d'un mousse et s'embarque sur la " Coralie ."  Rattrapé par son père, à Paimboeuf, il est ramené à Nantes où il sera puni. Il aurait dit à sa mère " Je ne voyagerai plus qu'en rêve" ...

.....et merveilleux et extraordinaires sont ses voyages offerts aux lecteurs épris d'aventures....

 

LE RESOLUTE 


  
 
7月2日

LA FILLE DE L'AIR

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À Herminie.

Je suis blonde et charmante,
Ailée et transparente,
Sylphe, follet léger, je suis fille de l'air,
Que puis-je avoir à craindre ?
Une nuit de m'éteindre ?
Qu'importe de mourir comme meurt un éclair !

Je vole sur la nue ;
Aux mortels inconnue,
Je dispute en riant la vitesse aux zéphirs!
Il n'est point de tempête
Qui pende sur ma tête ;
Je plane, et n'entends plus des trops lointains soupirs.

Je vais où va l'aurore ;
On me retrouve encore
Aux mers où tout en feu se plonge le soleil !
Quand son tour le ramène,
Prompte, sans perdre haleine,
Je le joins, et c'est moi qu'on salue au réveil.

Qui suis-je ? où suis-je ? où vais-je ?
N'ayant pour tout cortège
Que les oiseaux de l'air, les étoiles aux cieux ?
Je ne sais ; mais tranquille,
Aux pensers indocile,
Je m'envole au zénith, au fronton radieux !

Parfois je suis contrainte ;
Mais c'est la molle étreinte
De l'amour qui me berce en ses vives ardeurs !
J'en connais tous les charmes ;
J'en ignore les larmes,
Et toujours en riant, je vais de fleurs en fleurs

Vive, alerte et folâtre
De l'air pur idolâtre
Je vole avec Iris aux couleurs sans pareil ;
Souvent je me dérobe
Dans les plis de sa robe
Faite d'un clair tissu des rayons du soleil.

Souvent dans mon courage,
Je rencontre au passage
Une âme qui s'envole au céleste séjour ;
Je ne puis, bonne et tendre,
Lorsqu' elle peut m'entendre,
Ne pas lui souhaiter vers moi le gai retour !

Des échos la tristesse
M'apprend que l'allégresse
Ne règne pas toujours aux choses d'ici bas,
Et que parfois la guerre
Va remuer la terre.
La faim, le froid, la soif ! qu'on ne m'en parle pas !.

Si jadis quelque chose
Me venait ; de la rose
C'était le doux parfum que le vent m'apportait !
Je croyais, pauvre folle,
La rose, le symbole
Du bonheur que la terre à mes yeux présentait !

La terre par l'espace
Dans l'ordre qu'elle trace
Traîne trop de malheurs et de peine en son vol ;
Le bruit souvent l'atteste,
Son spectacle est funeste,
Et certes ne vaut pas un détour de mon col !

Pourquoi m'occuper d'elle,
Je suis jeune, et suis belle ;
Mes lèves sont de rose, et mes yeux sont d'azur :
A mes traits si limpides
L'honneur mettrait des rides ;
La terre ternirait l'éclat de mon ciel pur !

Parfois vive et folette,
Poursuivant la comète,
Dans l'espace inconnu nous prenons notre essor !
À mon front je mesure
Sa blonde chevelure
Qui traîne dans les airs un ardent sillon d'or !

Lorsque je me promène,
Pour qu'elle m'entretienne,
Pourquoi pas de compagne aux mots doux et vermeils ?
Quoi ! n'en aurais-je aucune ?
Ah ! pardon, j'ai la lune,
L'étoile, la planète, et mes mille soleils !

J'ai quelquefois des anges,
Car leurs saintes phalanges,
Je les suis en priant ; plus prompte que l'éclair ;
Sans leur porter envie,
Je préfère ma vie :
Rien n'est si doux aux sens que de nager dans l'air.

Si le sommeil me gagne,
Ma couche m'accompagne,
Couverte d'un manteau brodé de bleus saphirs ;
Dans les flots de lumière,
Je ferme ma paupière,
Laissant flotter ma robe entrouverte aux zéphirs.

Jules VERNE  ( 1828 - 1905 )
 
 
Soleil