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日志


5月19日

LES MAINS

 
 
Les mains
 
Aimez vos mains afin qu'un jour vos mains soient belles,
Il n'est pas de parfum trop précieux pour elles,
Soignez-les. Taillez bien les ongles douloureux,
Il n'est pas d'instruments trop délicats pour eux.
C'est Dieu qui fit les mains fécondes en merveilles ;
Elles ont pris leur neige au lys des Séraphins,
Au jardin de la chair ce sont deux fleurs pareilles,
Et le sang de la rose est sous leurs ongles fins.
Il circule un printemps mystique dans les veines
Où court la violette, où le bluet sourit ;
Aux lignes de la paume ont dormi les verveines ;
Les mains disent aux yeux les secrets de l'esprit.
Les peintres les plus grands furent amoureux d'elles,
Et les peintres des mains sont les peintres modèles.
Comme deux cygnes blancs l'un vers l'autre nageant,
Deux voiles sur la mer fondant leurs pâleurs mates,
Livrez vos mains à l'eau dans les bassins d'argent,
Préparez-leur le linge avec les aromates.
Les mains sont l'homme, ainsi que les ailes l'oiseau ;
Les mains chez les méchants sont des terres arides ;
Celles de l'humble vieille, où tourne un blond fuseau,
Font lire une sagesse écrite dans leurs rides.
Les mains des laboureurs, les mains des matelots
Montrent le hâle d'or des Cieux sous leur peau brune.
L'aile des goélands garde l'odeur des flots,
Et les mains de la Vierge un baiser de la lune.
Les plus belles parfois font le plus noir métier,
Les plus saintes étaient les mains d'un charpentier.
Les mains sont vos enfants et sont deux soeurs jumelles,
Les dix doigts sont leurs fils également bénis ;
Veillez bien sur leurs jeux, sur leurs moindres querelles,
Sur toute leur conduite aux détails infinis.
Les doigts font les filets et d'eux sortent les villes ;
Les doigts ont révélé la lyre aux temps anciens ;
Ils travaillent, pliés aux tâches les plus viles,
Ce sont des ouvriers et des musiciens.
Lâchés dans la forêt des orgues le dimanche,
Les doigts sont des oiseaux, et c'est au bout des doigts
Que, rappelant le vol des geais de branche en branche,
Rit l'essaim familier des Signes de la Croix.
Le pouce dur, avec sa taille courte et grasse,
A la force ; il a l'air d'Hercule triomphant ;
Le plus faible de tous, le plus doux a la grâce,
Et c'est le petit doigt qui sut rester enfant.
Servez vos mains, ce sont vos servantes fidèles ;
Donnez à leur repos un lit tout en dentelles.
Ce sont vos mains qui font la caresse ici-bas ;
Croyez qu'elles sont soeurs des lys et soeurs des ailes :
Ne les méprisez pas, ne les négligez pas,
Et laissez-les fleurir comme des asphodèles.
Portez à Dieu le doux trésor de vos parfums,
Le soir, à la prière éclose sur les lèvres,
Ô mains, et joignez-vous pour les pauvres défunts,
Pour que Dieu dans les mains rafraîchisse nos fièvres,
Pour que le mois des fruits vous charge de ses dons
Mais ouvrez-vous toujours sur un nid de pardons.
Et vous, dites, ô vous, qui, détestant les armes,
Mirez votre tristesse au fleuve de nos larmes,
Vieillard, dont les cheveux vont tout blancs vers le jour,
Jeune homme, aux yeux divins où se lève l'amour,
Douce femme mêlant ta rêverie aux anges,
Le coeur gonflé parfois au fond des soirs étranges,
Sans songer qu'en vos mains fleurit la volonté,
Tous, vous dites : « Où donc est-il, en vérité,
Le remède, ô Seigneur, car nos maux sont extrêmes ? »
- Mais il est dans vos mains, mais il est vos mains mêmes.

                                              Germain NOUVEAU
                                                  ( 1851 - 1920 )

 


 

Germain NOUVEAU, ami de Verlaine et Rimbaud, entra en 1878 comme employé au ministère de l'Instruction publique. Il fréquente les cabarets de Montmartre, devient professeur de dessin et, de 1886 à 1891, il enseigne au lycée Janson-de-Sailly. Déjà, il a écrit les poèmes de " la Doctrine de l'amour et des Valentines "  En 1891, une crise de folie mystique le conduit à l'asile de Bicêtre, d'où il sera libéré quelques mois plus tard. En 1899, commence pour lui une existence vagabonde et mystique, il voyage beaucoup à l'étranger et se retirera dans son village natal de Pourrières ( Var ) où il vivra de la charité d'autrui jusqu'à sa mort.

 

 
5月12日

DOUCE ET BELLE COMME SI MUSIQUE ET BOIS...

 
 
Suave es la bella como si mùsica y madera
 
Douce et belle comme si musique et bois
 
Poème - 10
 
***
 
Douce est la belle comme si musique et bois,
agate, toile, blé, et pêchers transparents,
avaient érigé sa fugitive statue.
À la fraîcheur du flot elle oppose la sienne.

La mer baigne des pieds lisses, luisants, moulés
sur la forme récente imprimée dans le sable ;
maintenant sa féminine flamme de rose
n'est que bulle battue de soleil et de mer.

Ah, que rien ne te touche hormis le sel du froid !
Que pas même l'amour n'altère le printemps.
Belle, réverbérant l'écume indélébile,

laisse, laisse, ta hanche imposer à cette eau
la neuve dimension du nénuphar, du cygne
et vogue ta statue sur l'éternel cristal.

Pablo NERUDA. - ( 1904- 1973 )
( la centaine d'amour )
 
Ce poème n° 10  est extrait d'un recueil de cent poèmes que Pablo Neruda écrivit pour Mathilde URRUTIA en 1959.