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3月29日 À MES SOEURSJ'étais enfant, l'enfance est écouteuse ;
Sur notre beau navire emporté par les vents,
Entre le ciel et l'onde et nos destins mouvants,
Les vieux marins charmaient la route aventureuse ;
Le soir sous le grand mât circulaient leurs récits :
Je n'avais plus de peur alors qu'entre eux assis
Des voyages lointains ils commençaient l'histoire.
Ils ne mentaient jamais, je veux toujours le croire ;
Et, quand l'heure avec nous s'envolait sur les flots,
On appelait en vain, parmi les matelots,
Un jeune passager dont la vue attentive
Poursuivait tristement la vague fugitive :
On eût dit que si jeune, et si triste, et si beau,
Sur cette route humide il voyait un tombeau.
Un soir que le vaisseau, bondissant sous les voiles,
Formait un long sentier tout scintillant d'étoiles,
En regardant s'ouvrir ce sillage éclatant,
Je disais : Conduit-il au bonheur qui m'attend ?
Je croyais qu'une fée, en épurant les ondes,
Pour tracer au navire un lumineux chemin,
Brûlait des lampes d'or sous les vagues profondes ;
Et moi, pour l'en bénir, je luis tendais la main.
A mes yeux fascinés, la belle Néréide
Errait, sans se mouiller, dans son palais humide ;
Je voyais son front calme orné de diamants,
Et dans le frais cristal glisser ses pieds charmants.
Je tressaillais de crainte, et de joie, et d'envie ;
J'aurais voulu près d'elle aller passer ma vie :
Car je rêvais encor ces contes qu'autrefois,
Pour m'endormir, ma mère enchantait de sa voix !
Peut-être à mon berceau quelque aimable marraine
D'un talisman secret avait doté mon sort ;
Peut-être que des flots elle était souveraine,
Et que ses doux regards me protégeaient encor...
Un soupir dissipa la scène de féerie :
Le jeune homme sur l'onde était aussi penché ;
Je me souvins alors que je l'avais cherché,
Et que l'on m'envoyait troubler sa rêverie ;
Car déjà le soleil s'éteignait dans les flots,
Et les récits du soir charmaient les matelots.
" Viens, lui dis-je, on t'attend. Vois ! la mer est tranquille ;
Il faut conter : pourquoi ne parles-tu jamais ?
Des joyeux passagers quelle douleur t'exile ?
Pleures-tu ton pays ? eh bien ! si tu l'aimais,
Viens en parler longtemps. Moi j'ai quitté la France,
Mais j'en parle, et la plainte éveille l'espérance.
Vois-tu : le même ciel nous aime et nous conduit ;
L'étoile qui m'éclaire est celle qui te luit ;
Sa lueur au navire annonce un vent prospère,
Et moi, je reverrai la maison de mon père !
Toi, n'as-tu pas un père ? et n'est-ce pas pour lui
Que l'on t'a vu prier en pleurant aujourd'hui ?
Ne pleure plus. Ecoute ! on chante au bruit des ondes !
Que cet air est charmant ! c'est un écho français ;
Dans nos humbles vallons que je le chérissais !
Viens l'apprendre : il t'appelle, il faut que tu répondes. "
Et le jeune inconnu, moins farouche à ma voix,
Vint au cercle conteur prendre place une fois.
Ce qui m'a fait pleurer, jamais je ne l'oublie :
C'est un songe du coeur, il survit au réveil.
Si le charme en pouvait deux fois être pareil,
Mes soeurs, je vous dirais, dans sa mélancolie,
Ce songe, qu'en parlant j'écoute encor tout bas ;
Mais il est des accents que l'on n'imite pas !
Marceline DESBORDES-VALMORE
( 1786 - 1859 )
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Publié en 1830, ce poème fait allusion au voyage en Guadeloupe.
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Si le cri, si le soupir naturel d'une âme d'élite, si l'ambition désespérée du coeur, si les facultés soudaines irréfléchies, si tout ce qui est gratuit et vient de Dieu, suffisent à faire le grand poète, Marceline Valmore est et sera toujours un grand poète [ ... ]
Mme Desbordes-Valmore fut femme, fut toujours femme et ne fut absolument que femme ; mais elle fut à un degré extraordinaire l'expression poétique de toutes les beautés naturelles de la femme [ ... ]
Baudelaire
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Il y a le monde des pensées et le monde des sentiments. Je ne sais pas qui a la pensée, et si quelqu'un l'a dans ce siècle, mais à coup sûr, vous avez l'autre. Vous y êtes reine.
Victor Hugo
( Lettre à Marceline Desborde-Valmore, 2 août 1833 )
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3月22日 MEDITATION GRISÂTRELa plage de la Mare à Saint Cast le 22/03/2008 à 17 h30.
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Jules LAFORGUE, poète français est né à Montévidéo en Uruguay, le 16 août 1860.
Adolescent, seul à Paris, il connaîtra une vie difficile et en 1881 il obtiendra un poste de lecteur auprès de l'Impératrice d'Allemagne Augusta. Il rentrera à Paris en septembre 1886. Atteint de phtisie galopante il mourut à Paris le 20 août 1887.
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3月19日 ARMORPeinture de Emmanuel LANSYER
Pour me conduire au Raz, j'avais pris à Trogor
Un berger chevelu comme un ancien Evhage ;
Et nous foulions, humant son arôme sauvage,
L'âpre terre kymrique où croît le genêt d'or.
Le couchant rougissait et nous marchions encor,
Lorsque le souffle amer me fouetta le visage ;
Et l'homme, par-delà le morne paysage
Etendant un long bras, me dit : Senèz Ar-Mor !
Et je vis, me dressant sur la bruyère rose,
L'Océan qui, splendide et monstrueux arrose
Du sel vert de ses eaux les caps de granit noir ;
Et mon coeur savoura, devant l'horizon vide
Que reculait vers l'Ouest l'ombre immense du soir,
L'ivresse de l'espace et du vent intrépide.
José-Maria de HEREDIA
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José-Maria de HEREDIA, né à Cuba en 1842, était d'origine espagnole par son père, et d'origine française par sa mère. Il fit ses études en France et prit la naturalisation française en 1893.
Libre de tout souci matériel, il écrivit 118 sonnets qui furent puliées en 1893, " Les Trophées "
Il entra à l'Académie française en 1895, en 1901 il devint le Conservateur de la bilbiothèque de l'Arsenal et, en 1902 il créa la Société des Poètes français avec Sully Prudhomme et Lon Dierx.
Il mourut le 2 octore 1905 au château de Bourdonné, près de Houdan ( Yvelines ).
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Emmanuel LANSYER, ( 1835 - 1893 ) peintre paysagiste, était un grand ami de José-Maria de Hérédia, et c'est la raison pour laquelle je l'ai associé à mon billet. Il séjourna fréquemment à Loches ( Indre-et- Loire ) où un musée lui est consacré.
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3月13日 ELSA
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Louis ARAGON et Elsa TRIOLET Louis ARAGON ( 1897 - 1982 ) écrivain, poète et romancier français rencontra Elsa TRIOLET en 1928, au café " La Coupole " à Paris.Ils ne se sépareront plus. Ils se marieront en février 1939. Après la mort d'Elsa en 1970, Aragon continuera son oeuvre poétique. Il nous quittera le 24 décemre 1982. Aragon et Elsa reposent dans le parc de leur propriété à Saint-Arnoult-en-Yvelines. ********* " Je suis plein du silence assourdissant d'aimer " Louis ARAGON ( Le fou d'Elsa ) *********
3月11日 À VICTOR HUGOMaître, comme il revient souvent, l'anniversaire
Des monarques puissants dont le règne éphémère,
Après quelques printemps, au tombeau doit finir !...
Il faut qu'un siècle passe avant que nous revienne
Ton jour de fête, ô roi de la pensée humaine
Dans l'immense avenir !
Il suffit, pour marquer la fuite des années
S'engouffrant dans l'abîme avec nos destinées,
Qu'un monde, par un astre en l'éther emporté,
Ait parcouru l'ellipse où son disque s'engage.
Mais les ans sont trop courts : les siècles comptent l'âge
De l'immortalité !
Te voici donc au seuil de ton apothéose ;
Un autre temps redit la chanson grandiose
Que sur la lyre d'or ton génie accorda.
L'Océan a clamé ton nom à notre plage ;
Puisse sa grande voix te rapporter l'hommage
Du lointain Canada !
Et si notre vivat aux bravos se marie,
C'est que nous chérissons la langue et la Patrie
Que tu couvres de gloire avec tes chants vainqueurs :
C'est bien ton verbe noble à la mâle cadence
Qui vibre dans nos voix, c'est bien ta noble France
Qui vibre dans nos coeurs !
Malgré les faibles sons d'une lyre inhabile,
Nous voulons célébrr ton oeuvre indélébile,
En des vers fugitifs que guette le néant,
Pardon, si notre Muse, ô maître, ambitionne
Cet orgueil d'élever sa modeste couronne
Jusqu'à ton front géant !
Charles GILL ( 1871 - 1918 )
Recueil : Les étoiles filantes
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Charles GILL, est un écrivain, poète et peintre québecois. Il fréquenta l'Ecole littéraire de Montréal ( crée en 1895 ) en 1896 et en devint le président à partir de 1912...Cette Ecole regroupait des hommes de lettres canadiens-français...
Bel hommage rendu à Victor HUGO par ce poète québecois...
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3月8日 À LA BRETAGNEJe n'ai jamais foulé tes falaises hautaines,
Je n'ai pas vu tes pins verser leurs larmes d'or,
Je n'ai pas vu tes nefs balancer leurs antennes ;
Pourtant je te chéris, vieux pays de l'Armor.
Je t'aime d'un amour fort comme tes grands chênes,
Vers lesquels bien souvent mon coeur prend son essor.
Car sur nos bords, vois-tu, nous conservons encor
Le sang pur qui toujours gonfle si bien tes veines.
Oui, je t'adore avec tous tes vieux souvenirs,
Tes bruyères, tes joncs, ton granit, tes menhirs,
Ton rivage farouche et peuplé de légendes.
Et lorsque Floréal revient tout embaumer,
Dans la brise de l'est je crois, le soir, humer
Comme un vague parfum qui viendrait de tes landes.
William CHAPMAN
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Il n'y a pas bien longtemps que j'ai découvert William CHAPMAN...J'ai beaucoup aimé ce poème. Bretonne d'adoption, je crois que je me suis très attachée à cette terre de Bretagne...
Je viens de passer par le port de Saint Cast, de la pointe du Sémaphore il y a une vue magnifique sur la baie, et nous découvrons le château de Fort la Latte dressé sur son rocher dominant la mer, et à l'arrière le Cap Fréhel...
3月5日 NOTRE LANGUENotre langue naquit aux lèvres des Gaulois.
Ses mots sont caressants, ses règles sont sévères,
Et, faite pour chanter les gloires d'autrefois,
Elle a puisé son souffle aux refrains des trouvères.
Elle a le charme exquis du timbre des Latins,
Le séduisant brio du parler des Hellènes
Le chaud rayonnement des émaux florentins,
Le diaphane et frais poli des porcelaines.
Elle a les sons moelleux du luth éolien,
Le doux babil du vent dans les blés et les seigles,
La clarté de l'azur, l'éclair olympien,
Les soupirs du ramier, l'envergure des aigles.
Elle chante partout pour louer Jéhova,
Et, dissipant la nuit où l'erreur se dérobe,
Elle est la messagère immortelle qui va
Porter de la lumière aux limites du globe.
La première, elle dit le nom de l'Eternel
Sous les bois canadiens noyés dans le mystère.
La première, elle fit monter vers notre ciel
Les hymnes de l'amour, l'élan de la prière.
La première, elle fit tout à coup frissonner
Du grand Meschacébé la forêt infinie,
Et l'arbre du rivage a paru s'incliner
En entendant vibrer cette langue bénie.
Langue de feu, qui luit comme un divin flambeau,
Elle éclaire les arts et guide la science ;
Elle jette, en servant le vrai, le bien , le beau,
A l'horizon du siècle une lueur immense.
Un jour, d'âpres marins, vénérés parmi nous,
L'apportèrent du sol des menhirs et des landes,
Et nos mères nous ont bercés sur leurs genoux
Aux vieux refrains dolents des ballades normandes.
Nous avons consevé l'idiome légué
Par ces héros quittant pour nos bois leurs falaises,
Et, bien que par moments ont le crût subjugué,
Il est encor vainqueur sous les couleurs anglaises.
Et nul n'osera plus désormais opprimer
Ce langage aujourd'hui si ferme et si vivace...
Et les persécuteurs n'ont pu le supprimer,
Parce qu'il doit durer autant que notre race.
Essayer d'arrêter son élan, c'est vouloir
Empêcher les bourgeons et les roses d'éclore ;
Tenter d'anéantir son charme et son pouvoir,
C'est rêver d'abolir les rayons de l'aurore.
Brille donc à jamais sous le regard de Dieu,
Ô langue des anciens ! Combats et civilise,
Et sois toujours pour nous la colonne de feu
Qui guidait les Hébreux vers la Terre promise !
William CHAPMAN
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William CHAPMAN ( 1850 - 1917 ) poète québecois. Il publie en 1876 " Les Québecquoises ", un des premiers recueils de poésies du Canada français.
" Les Aspirations " ( 1904 ) lui vaut d'être couronné par l'Académie française.
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