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日志


10月22日

L'HABITUDE

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Et, chaque jour, les mains endormeuses et douces,
Les insensibles mains de la lente Habitude,
Resserrent un peu plus l'étrange quiétude
Où le mal assoupi se soumet et s'émousse ;
 
 
Et du même toucher dont elle endort la peine,
Du même frôlement délicat qui repasse
Toujours, elle délustre, elle éteint, elle efface,
Comme un reflet, dans un miroir, sous une haleine,
 
 
Les gestes, le sourire et le visage même
Dont la présence était divine et meurtrière ;
Ils pâlissent couverts d'une fine poussière ;
La source des regrets devient voilée et blême.
 
 
A chaque heure apaisant la souffrance amollie,
Otant de leur éclat aux voluptés perdues,
Elle rapproche ainsi de ses mains assidues,
Le passé du présent, et les réconcilie ;
 
 
La douleur s'amoindrit pour de moindres délices ;
La blessure adoucie et calme se referme ;
Et les hauts désespoirs, qui se voulaient sans terme,
Se sentent lentement changés en cicatrices ;
 
 
Et celui qui chérit sa sombre inquiétude.
Qui verserait des pleurs sur sa douleur dissoute,
Plus que tous les tourments et les cris vous redoute,
Silencieuses mains de la lente Habitude
 

                                 Auguste ANGELLIER
                                    ( 1848 - 1911 )
 
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10月9日

HOMMAGE À JACQUES BREL

 
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Il portait en secret le chagrin des départs
Il s'était préparé pour ce dernier voyage
Il n'avait que l'amour à offrir en partage
Mais il voulait partir où personne ne part
 
 
Il y avait l'Emile à son dernier repas
Le Curé et puis Jeff, Frida et la Fanette
Qu'on entend chaque fois qu'une vague s'arrête
Il guettait Madeleine, elle ne viendra pas
 
 
Pourtant il espérait qu'au jour de son trépas
Elle serait venue avec les bons apôtres
La pluie les a soudés semble-t-il l'un à l'autre
Il lui aurait chanté: Viens ! Ne me quitte pas !
 
 
Ses pairs étaient présents et puis quelques flamands
Et même des bourgeois, pourtant qu'il n'aimait guère
Il y avait ses chiens, ses chats et puis ses frères
Mathilde, Marieke et les vieux amants
 
 
Parmi eux traînassaient quelques gens bien pensants
Près de maître Jojo qui se prend pour Voltaire
se tenaient par la main trois ou quatre notaires
Désertant vers minuit l'hôtel des "Trois Faisans"
 
 
Ils sont venus lui dire un dernier adieu
Partager entre amis une ultime ripaille
Rire, boire et chanter avant qu'il ne s'en aille
Avant qu'il ne prenne le train pour le bon Dieu
 
 
Ils avaient peints leur coeur et le sien au vin blanc
Ces paumés du petit matin à l'âme fière
Ils avaient dans les yeux un bouquet de prières
Le verre à moitié vide entre leurs doigts tremblants
 
 
Dès que l'on entama une valse à trois temps
Une fille s'est mise à danser en silence
La voilà qui sourit déjà, qui recommence
Une valse à vingt ans au rythme du printemps
 
 
S'adressant aux marins d'Amsterdam et d'ailleurs
A la Madame Andrée, à la mère Françoise
Qui a depuis longtemps effacé son ardoise
Le moribond disait: "Adieu ! Je pars aux fleurs"
 
 
"Adieu ! La mort m'attend là-bas dans les lilas"
"Je m'en vais seul bercé par la dernière vague"
"Avec la mer du Nord pour dernier terrain vague"
"Je n'irai pas plus loin, la fin est bientôt là"
 
 
"Puisque je dois partir au pays sans retour"
"J'emporte mes chagrins, mes rêves, mes blessures"
"Mon coeur a trop tenté d'atteindre sans armure"
"L'inaccessible étoile et l'impossible amour"
 
 
"Je m'en vais jeter l'ancre au nord, parmi les joncs"
Puis il s'en est allé sans haine et sans reproche
Rejoindre les éclairs, des rêves plein les poches
Léguant au monde entier ses plus belles chansons
 
 
                                                Marcel Fakhoury (2002)
 
 
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